Rachid Taha "Diwân 2" : la tradition est respectée et renouvelée

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Rachid Taha "Diwân 2" : la tradition est respectée et renouvelée

Rachid Taha "Diw&acirc;n 2" : la tradition est respect&eacute;e et renouvel&eacute;e
Suite à l'actualité publiée le 25 août, « Diwân 2 », le deuxième volet de « Diwân » de Rachid Taha paraîtra en édition limitée digisleeve, incluant un DVD inédit, le 16 octobre en France sur Barclay. Interprété par Mohamed Mazouni, « Ecoute-moi Camarade » est le premier extrait tiré de « Diwân 2 », « Ecoute-moi Camarade » est en téléchargement sur les plateformes légales et le maxi vinyl disponible depuis août. Huit ans après « Diwân », premier hommage au répertoire oriental, Rachid Taha poursuit son voyage musical et initiatique.

« Diwân 2 » contient onze chansons dont neuf reprises, parmi les plus grandes créations issues du monde arabe. Des créations empreintes de nostalgie, mais surtout du regard et de l'énergie singulière de Rachid Taha. Si l'on retrouve sur « Diwân 2 » Steve Hillage à la réalisation et aux arrangements, Rachid Taha et Steve Hillage ont choisi de revisiter les titres d'une façon plus retenue et acoustique que sur « Diwân ». Avec « Diwân 2 », Rachid Taha écrit une nouvelle page d'un blues hypnotique et fédérateur.

Dans les années de 50 et 60, quand les parents rasaient les murs, s'excusant presque d'exister, certains artistes maghrébins avaient emprunté des noms occidentaux pour masquer leurs origines. Cela avait été le cas de l'algérien, originaire de Kabylie, Laïd Hamani, plus connu sous le pseudonyme de Victor Leed, un rocker qui avait fait les beaux soirs du « Golf Drouot » ou du berbère marocain Abdelghafour Mociane autoproclamé Vigon, sacrée voix du r'n'b.

D'autres, nettement plus nombreux, avaient fait leur carrière à l'ombre des cafés tenus par leurs compatriotes, évoluant sur des scènes de fortune, soit quelques chaises autour d'une table où trônaient deux ou trois micros, de temps à autre parasités par de terribles larsens. Ils se nommaient Mohamed Mazouni, Ahmed Wahby ou Dahmane El Harrachi. Entre Bastille, Nation, Saint-Michel, Belleville et Barbès, le public, exclusivement communautaire, généralement masculin et préalablement informé par quelques lignes tracées sur une ardoise, venait applaudir les chanteurs annoncés.

Cela se passait le vendredi et le samedi soir, plus une supplémentaire le dimanche après-midi. Dans une ambiance embuée par la nostalgie et chauffée par la pression des demis, les clients, issus de cette population à part qui est pourtant une part de la population française, buvaient les paroles de ces musiciens qui leur ressemblaient tant. Comme beaucoup d'entres eux, ils exerçaient des travaux pénibles pendant la semaine et attendaient le week-end pour s'enivrer d'un peu d'airs du bled.

Parfois, ils passaient le samedi après-midi dans quelques salles obscures comme « Le Delta » ou encore « Le Louxor », avec mini-concert en prime lors de l'entracte chocolatée, pour rêver, les yeux ouverts, au son de la belle voix de Abdel Halim Hafez susurrant, plein écran, des chants mélancoliques. Et puis, il y avait la radio ou le disque pour s'émouvoir au rythme des chansons de Oum Kalsoum et aussi les scopitones pour repasser le film de sa vedette préférée.

C'est cette atmosphère de la culture de l'exil, et bien plus encore, que Rachid Taha fait revivre à travers ce « Diwân 2 », où la tradition, incarnée par l'orchestre de cordes du Caire et la mandole du virtuose Hakim Hamadouche, est respectée et renouvelée. Pionnier dans les années 80, où l'immigré tenait déjà le rôle d'ennemi public numéro un, d'un rock arabe qu'il avait jeté comme un pavé dans le jardin des pourvoyeurs de préjugés, Rachid Taha a toujours attesté de l'attachement à ses racines.

Mais moderne et avec un déclic d'avance, il a su, toujours en progressant, avec la complicité de l'ami de toujours, Steve Hillage, réussir l'équilibre parfait entre le passé le plus précieux et le présent le plus abouti. En ce sens, « Diwân 2 » s'inscrit idéalement dans le prolongement d'une architecture musicale, sans cesse en mouvement, esquissée déjà dans son premier album solo en 1990, « Barbès ». En fouillant dans le grenier des parents, Rachid Taha a déniché un introuvable comme « Ecoute-moi Camarade », un titre à chercher dans les replis les plus intimes de la mémoire immigrée, autrefois interprété par Mohamed Mazouni.

A la fois conformiste (morale à quatre sous sur l'infidélité ou le mariage mixte) et dérangeant (le trouble à la vue d'une mini-jupe), Mohamed Mazouni, retiré en Algérie depuis 1991, a vécu les années 60 avec son humour grinçant et son propos souvent opportuniste ou racoleur. Né le 4 janvier 1940 à Blida, il s'était rapidement imposé par un style tenant du yéyé remodelé façon algérienne, porté par de grands succès comme « Chérie Madame » ou même encore « Ya El Ghadi Bel Mini-jupe ».

Poussant sa quête dans les entrailles du bled, Rachid Taha donne à entendre « Rani M'Hayer » et « Mataouel Dellil », deux grands standards de la chanson oranaise composés, respectivement, par Blaoui Houari et Ahmed Wahby. L'Oranie de sa petite enfance est aussi restituée à travers un hommage à la gasba (flûte de roseau) et au guellal (percussion longiline), deux instruments qui ont accompagné les premiers pas du raï des deux très regrettés divas Cheikh El Mamachi et Cheikha Rimitti.

Ce raï des champs, dénommé aussi trab (signifiant à la fois terre et poussière), est bien rendu par « Josephine » et « Aah Mon Amour », deux titres de sa composition au prononcé franc arabe et à l'intonation rappelant ces fêtes dans les plaines exhalant une entêtante odeur de vignoble et de blé fraîchement fauché. Rachid Taha s'en revient à la médina de « Barbès » pour offrir deux magnifiques chants, « Kifache Rah » et « Maydoum », naguère déclinés par Dahmane El Harrachi, auteur original de « Ya Rayah » et un des grands maîtres du chaâbi, le blues né dans la casbah d'Alger.

Dans ce quartier cosmopolite, il n'oublie pas son voisin de palmier noir en reprenant « Agatha », une des plus belles et intelligentes chansons, avec une bonne dose d'humour, jamais écrites sur le racisme, signée Francis Bebey. Enfin, Rachid Taha n'oublie pas ses classiques en délivrant sa propre version de « Gana El Hawa », rendue célèbre par le dandy égyptien Abdel Halim Hafez, et « Ghanni Li Shwaya », popularisé par la diva Oum Kalsoum. « Diwân 2 » donne suite à « Diwân » en 1998 (« assemblée » mais aussi « recueil poétique » en arabe, a donné en français le terme « douane »), qui avait proposé « Ya Rayah », « Ida » et « Menfi ».

Réalisé avec la complicité de Steve Hillage à Londres, « Diwân » avait proposé une vue d'ensemble sur cette culture qui se veut avant tout un hommage complet aux artistes les plus importants de la chanson arabe, tels Farid El Atrache, Akli Yahiatène, Ahmed Khelifi, El Hadj El Anka, Nass El Ghiwane et Dahmane El Harrachi. Ces chanteurs aux styles divers (chaâbi, folklore oranais, oriental version égyptienne, pop-raï ou atlassi-bidhaoui marocain) ont exercé une influence déterminante autant sur la génération de leur époque que sur les suivantes.

Télécharger le titre « Ecoute-moi Camarade », premier extrait tiré du nouveau et deuxième volet de « Diwân » de Rachid Taha

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Actualité musicale Latino/World Music publiée le 01/01/2006 à 00:00

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